Comptes rendus, MUP-Paris-Adultes

Les comportements envahissants

Les troubles du comportement peuvent compliquer la prise en charge lorsqu’ils sont trop envahissants pour le patient. L’agressivité, la déambulation, la désinhibition, les hallucinations sensorielles, les idées délirantes, les stéréotypies, la dépression, l’apathie, l’anxiété, l’état maniaque, les troubles du comportement alimentaire, les troubles du sommeil… sont autant de comportements contraignants pour le patient et son entourage. Comment le psychomotricien accompagne-t-il le patient dans son parcours de soins et quelles sont les difficultés auxquelles ces troubles du comportement le confrontent?

Les origines des troubles du comportement

Le psychomotricien tentera de comprendre l’origine du trouble. Son observation fine du patient (comportement psychomoteur, humeur…) et de son environnement de vie (relations familiales et sociaux-professionnelles, hygiène de vie…) associée à l’expertise du médecin (état médical, traitements…) et de l’équipe soignante (habitude de vie) contribuera à l’identification d’une éventuelle cause somatique, relationnelle, ou réactionnelle au comportement. Déceler les facteurs déclenchant des troubles du comportement permettra d’en limiter au maximum l’exposition et donc d’en diminuer la fréquence et l’intensité.

Les tests d’évaluation

L’Inventaire Neuropsychiatrique (NPI): permet de recueillir des informations sur la présence de troubles du comportement chez des patients souffrants de démence. Le NPI version pour équipe soignante (NPI-ES) a été développé pour évaluer des patients vivant en institution. Le NPI-ES peut être utilisé par un évaluateur externe qui va s’entretenir avec un membre de l’équipe (par exemple, dans le cadre d’une recherche ou d’une évaluation externe) mais peut aussi être utilisé directement par un membre de l’équipe soignante. Le test évalue 10 domaines comportementaux et 2 variables neurovégétatives).

Echelle de déambulation d’Algase qui définit la présence de la déambulation et son caractère problématique (19 items, 3 sous-échelles: marche persistante, désorientation spatiale et comportement de fugue). Cette évaluation vise à corriger la conduite de déambulation à travers les facteurs modifiables associés au patient, aux aidants professionnels et à l’environnement .

Les possibilités d’intervention

Il pourra alors avoir une action préventive:

  • surveiller l’état somatique du patient, notamment le risque de déshydratation (stimuler à boire) et de constipation (alerter si suspicion d’un éventuel fécalome) pouvant générer des états confusionnels.
  • proposer des entretiens d’éducation thérapeutique au patient et à son entourage afin de présenter les facteurs de risque et de protection à l’installation des troubles (soins ambulatoires)
  • former les équipes soignantes aux troubles du comportement et à leurs méthodes de prise en charge : communication non violente, techniques de réassurance, prévention des risques secondaires (fugue, suicide, chute…)

Lorsque symptôme est en train de s’installer ou que le patient est en crise, le psychomotricien tentera de limiter les troubles psychomoteurs qui accompagnent le comportement. Il utilisera la relaxation, la verbalisation, des ateliers d’expression psycho-corporels, un cadre structurant et rassurant, etc. dans le but de favoriser une régulation de l’humeur et de maintenir un comportement adapté… Le soin psychomoteur par ses bénéfices vise à préserver l’équilibre psycho-affectif du patient, à maintenir ses liens relationnels et à soutenir son intégration socio-professionnelle. Cela permet d’améliorer la qualité de vie du patient et de lutter contre son isolement.

Les outils du psychomotriciens

L’éventail des émotions

Il permet d’évaluer l’humeur du patient (avec verbalisation ou non) pour agir sur son comportement en identifiant l’origine de l’émotion associée.

Le Rocking-chair ou le hamac

Pour limiter les conduites de déambulation en agissant sur le système vestibulaire par un phénomène de bascule. C’est également une méthode d’auto-stimulation pour lutter contre l’angoisse et la douleur.

Les notes écrites

Elles permettent de communiquer avec les patient en état de crise, débordé par ses émotions, qui ne parvient pas à se concentrer sur le thérapeute. Le psychomotricien peut alors formuler une demande par écrit sur feuille et attendre la réponse du patient tout en respectant son rythme. Le système de papier note peut également fonctionner avec des patients présentant des troubles de la mémoire. Le mot « votre sac est resté à la maison » agira comme une orthèse mnésique comme aide à la réassurance.

Des collations

Pour les patients qui déambulent la nuit. La nourriture est une source d’apaisement et de réconfort. A domicile, lorsque les déambulations perturbent l’équilibre familial ou que les patients se mettent en danger (sortent en plein milieu de la nuit, etc.) songer à faire appel à des aides ou des surveillants du CLIC qui travaillent la nuit, ou a solliciter un PASA de nuit.

La signalétique

Panneaux du code de la route (sens interdit), pièces éclairées, guirlande lumineuse, pour indiquer visuellement un parcours de déambulation

Des rangements

Étagère, tiroirs, etc. inspirés de la méthode Montessori mis à disposition des patients qui dérobent des objets. On y mettra des objets (perles, télécommande, serviettes ets.) pour que les patients puissent les manier (conduites répétitives de triage, déboutonnage…) ou regarder. Ces techniques peuvent beaucoup apporter dans la gestion du matériel et des repères spatio-temporels dans les espaces de vie.

Les Peluches

La poupée d’empathie, les animaux (chat peluche et couronne, chat Hasbro, phoque Paro), permettent de créer un espace transitionnel pour responsabilité le patient et limiter les troubles du comportement.

Les jeux de rôle

Pour les patients désinhibés que l’on invite « à se mettre à la place de » (se déguiser en femme, en soignant) pour favoriser la prise de conscience de ce que l’autre ressent.

Sécuriser des pièces

Fermer les pièces à clé lorsqu’elle sont dangereuses pour le patient.

Solliciter le médecin

Le médecin traitant ou le psychiatre peut adapter le traitement médicamenteux lorsque le maintien à domicile n’est plus possible ou que les soignants en structures sont dépassés. Rester vigilant aux effets secondaires des traitements : risque de chute (trouble de l’équilibre, sédation trop profonde…).

Pour aller plus loin…

Les livres et revues

Le livre Snoezelen, un mode de sens de Bernard GODDERIDGE (psychomotricien) et Olivier QUENTIN (éducateur spécialisé) aux éditions Pétraque (spécialisée dans les secteurs médico-social et sanitaire et dans l’approche Snoezelen en France). Ce livre apporte des pistes de travaille autour des techniques de relaxation en sortant des méthodes existantes .

Les formations

Simul’age est un organisme de formation en gérontologie. Il propose entre autre, un simulateur de vieillissement mis au point par une équipe de médecins gériatres et de psychologues gérontologues. Une tenue composée de lunettes avec filtre jaune, d’un casque pour les oreilles, d’un gilet lesté, de coudières, de gants, d’une grenouillère, et de poids sur les chevilles donne la possibilité au soignant de se mettre dans certaines situations “à la place de la personne âgée”. Le but est de permettre au professionnel de mieux appréhender la manière dont ses patients perçoivent leur environnement, et de comprendre les éventuelles réactions et comportements qui en découlent.

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Mais surtout, n’oubliez pas que les MUP vous offrent la possibilité d’échanger avec d’autres psychomotriciens autour de votre métier et de questionner votre pratique.

Compte-rendu : Ines HACHICHA et Sophie PASCAULT