Comptes rendus, MUP-Paris-Adultes

La place de la psychomotricité en équipe

Le psychomotricien doit toujours garder en tête ce qui fait la spécificité de son métier. Il doit pouvoir l’adapter aux patients qui sont accueillis dans sa structure, et l’ajuster à l’équipe avec laquelle il travaille (nécessité de pallier à l’absence de certains corps de métier, ou chevauchement de certains champs de compétence). Comment préserver son identité professionnelle de psychomotricien lorsque l’on travaille en équipe pluridisciplinaire? Et comment travailler en équipe?

Dans le cadre d’une création de poste en alternance

Lorsque l’alternant n’a pas de tuteur psychomotricien sur son lieu d’alternance, il peut vite se sentir isoler et se questionner sur son identité de futur professionnel. Faute de référent psychomotricien, et compte tenu du temps passer auprès des autres professionnels, l’alternant peut avoir tendance à s’identifier aux autres thérapeutes (kinésithérapeute, ergothérapeute, orthophoniste, enseignant en activité physique adaptée…). De plus, la pratique psychomotrice de son tuteur externe peut parfois variée de celle de sa structure actuelle (si type de structure ou population accueillie différente). Retour d’expérience : une psychomotricienne et ancienne élève alternante évoque son expérience l’alternance. Elle a dû créer un poste de psychomotricien en EHPAD sans tuteur interne sur site, mais avec un tutorat externe en SSR. Il a fallu qu’elle transpose le travail de psychomotricienne en SSR sur une structure EHPAD en veillant à préserver la spécificité psychomotrice et cela sans se laisser enfermer dans une approche trop rééducative ou similaire aux autres professionnels rééducateurs (kiné, ergo…). Elle a cependant profiter de la richesse d’enseignement qu’impliquait de côtoyer autant d’autres professionnels paramédicaux. Spécificité du psychomotricien : Le psychomotricien a une approche globale de la personne et défend le rythme du patient.

Dans le cadre d’une prise de poste

Il est important de défendre son identité professionnelle “personnelle”. Les structures, par souci de continuité des soins, ont tendance à demander aux psychomotriciens de « coller » aux prises en charges (et ateliers) de leurs prédécesseurs. Les collègues, par habitudes, ont tendance à solliciter le nouveau psychomotricien comme ils avaient coutume de le faire auparavant et sont déstabilisés quand sa manière de travailler est différente de celle qu’ils connaissaient. Le psychomotricien devra être en mesure de répondre aux interrogations de ses collègues et devra les rassurer sur l’intérêt qu’il porte à la continuité des soins malgré son souci de proposer des médiations qui lui correspondent (sur le plan de l’expérience et des préférences).

Communiquer sur notre métier au sein de la structure et auprès d’autres professionnels

Il est indispensable de communiquer activement sur notre métier auprès des collègues. Lorsque cela est possible, les psychomotriciens peuvent proposer une formation aux équipes sur la psychomotricité (compris dans le budget formation) ou une journée « porte ouverte paramédicale ». Les réunions d’équipe pluridisciplinaires sont aussi une bonne occasion (prévoir 15 min en fin de réunion) pour présenter à l’ensemble des professionnels notre métier de manière claire (utiliser un lexique compréhensible du plus grand nombre) et pratique (au début, restreindre nos indications à quelques « indications » précises, et illustrer notre action par des exemples concrets). Présenter nos objectifs, nos médiations et la manière pour les soignants de nous transmettre les indications. Une des solutions peut être de proposer un document sous forme de cases à cocher par les équipes pour générer des indications. Lorsque la prescription/l’indication n’est pas « adaptée » à notre champ de compétence, aller voir malgré tout le patient pour pouvoir réajuster rapidement le motif d’indication en communiquant sur une indication plus adaptée pour ce patient. Même si les personnes se trompent sur notre métier, cela ouvre au débat. Ne pas hésiter dans les premiers temps à aller systématiquement vers les médecins prescripteurs pour réajuster la prescription, et vers les autres professionnels pour réajuster les indications. Les réunions de transmissions sont aussi un moment privilégié pour communiquer au quotidien sur notre spécificité.

Favoriser l’investissement au quotidien des soignants dans la prise en charge psychomotrice

Les aides-soignants qui s’investissent autour des séances psychomotrices permettent une meilleure mise en œuvre des ateliers (patients prêts et disponibles à l’heure des séances…). Ils sont souvent sensibles aux productions (dessins, sculpture, objets créatifs…) ou aux ateliers théâtre et relaxation. C’est un bon amorçage pour susciter l’intérêt des soignants. Les inviter à certains ateliers (en leur demandant d’enlever leur blouse) pour qu’il fassent l’expérience de la psychomotricité permet de favoriser leur compréhension de notre métier et leur adhésion en notre projet thérapeutique. Négocier avec l’institution lorsque cela est possible la mise en place d’ateliers en co-thérapie avec les AS. Il est vrai que les ateliers en co-thérapie nécessite pour les jeunes diplômés une certaine confiance professionnelle difficile à acquérir en début de carrière. Privilégier alors les séances individuelles (le matin au lit du patients ou le midi durant le repas) quand les AS sont présents. Cela permet de présenter notre métier aux soignants présents, sans se heurter aux contraintes organisationnelles et institutionnelles ou au manque de temps qu’évoquent certains soignants pour décliner l’invitation aux ateliers. Certains psychomotriciens ont également fait l’expérience de proposer des séances de relaxations aux collègues (mais cela peut poser des problèmes d’organisation car c’est au volontariat, sur bénévolat et durant le temps de pause, et de plus il faut l’accord de la direction). Pour finir, les temps informels (échanges en salle de repos, discussions au restaurant) sont aussi le moyen pour le psychomotricien d’établir avec ses collègues des relations personnelles privilégiées et porteuses pour établir par la suite de bonnes relations professionnelles.

Le travail en co-thérapie

Lorsque l’on pratique la co-thérapie, il y une influence réciproque des professionnels. Les collègues soignant et paramédicaux développent aux côtés des psychomotriciens une approche globale. Les psychomotriciens, eux, enrichissent leurs différents domaines de connaissance (anatomie, aides techniques…). Il faut cependant veiller au respect des champs de compétence de chacun, éviter le glissement de tâche mais encourager les échanges qui nourrissent et enrichissent nos pratiques. Spécificité du psychomotricien : Le psychomotricien par son métier au « carrefour » de celui des autres paramédicaux fait spontanément le lien entre les différents rééducateurs (connaissance de leur champ de compétence) et transmet les informations aux différents professionnels pour articuler au mieux les prises en charge dans une approche globale de la personne.

L’importance d’une salle ou d’un bureau de psychomotricité

Les salles de thérapie psychomotrice et le bureau du psychomotricien sont des espaces dédiés à la psychomotricité. Parfois absents, ils représentent pourtant l’identité du psychomotricien. Essayer dans la mesure du possible d’aménager un espace dédié à la psychomotricité. Spécificité du psychomotricien : Cet espace est important. C’est une question de territoire et de permanence de l’objet. De plus, rappelons que les psychomotriciens travaillent souvent à temps partiel sur leurs structures. Il est important que les patients, leurs proches, et les soignants puissent aller à la rencontre du psychomotricien dans un endroit connus par tous.

Le brancardage

La possibilité est parfois offerte au psychomotricien de bénéficier du brancardage des patients jusqu’à sa salle. Le brancardage peut cependant priver le psychomotricien du “premier contact” avec le patient (observation du patient en situation écologique, évaluation de l’alliance ou de l’adhésion thérapeutique pour la séance proposée, importance du « temps du seuil de la porte »). Brancardage ou non, il est nécessaire que le patient ai toujours le choix de refuser la séance. De plus, contrairement au brancardier, le psychomotricien sait prendre le temps d’accompagner (sans mise en fauteuil roulant malgré la lenteur de la marche) le patient jusqu’à la salle. En revanche, l’aide des soignants pour accompagner les patients en séance est souvent la bienvenue lors des ateliers collectifs. Il est nécessaire de discuter en équipe de cette organisation institutionnelle spécifique. Spécificité du psychomotricien : Prendre le temps (malgré les rythmes institutionnels pressants) et donner le choix (autonomie).

Quand on ne trouve plus sa place au sein d’une équipe…

Ne pas oublier qu’il existe des supervisions en psychomotricité et des analyses de pratique professionnelle en équipe. Les alternants peuvent également demander à renforcer leur tutorat. Quand on ne parvient plus à trouver sa place dans une institution et dans une équipe, et qu’il y a souffrance au travail il est important de considérer les possibilités de démission ou de reconversion professionnelle.

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Mais surtout, n’oubliez pas que les MUP vous offrent la possibilité d’échanger avec d’autres psychomotriciens autour de votre métier et de questionner votre pratique.

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