Comptes rendus, MUP-Paris-Adultes

La fin de la prise en charge en psychomotricité

Le psychomotricien, quel que soit son secteur d’intervention, sera immanquablement confronté à la fin de prise en charge. Qu’elle soit actée de son fait (départ de la structure, évolution du projet thérapeutique, etc.) ou induite par le patient lui-même (évolution de l’état de santé, décès, changement de structure, etc.) Comment le Psychomotricien alors, adapte-t-il sa pratique à cette échéance et comment doit-il préparer cette séparation ?

Les intervention courtes

Dans certaines structures d’hospitalisation courte (12 semaines), le psychomotricien est confronté aux contraintes d’une intervention brève. De plus, les psychomotriciens sont bien souvent présents à temps partiel sur les structures. Le manque de visibilité (sur la semaine) du parcours de soin du patient complexifie son intervention. Il est alors confronté aux départs précipités ou inattendus de ses patients (dont on apprend parfois le décès par hasard). Le manque de transmissions et un défaut de communication institutionnel viennent renforcer cette confusion. Le psychomotricien doit donc, dès l’entrée du patient, avoir le souci de la gestion du temps thérapeutique, et il lui faut prioriser ses prises en charge.

Prioriser les objectifs thérapeutiques : en fonction du manque de temps. A défaut d’une prise en charge globale, son intervention doit tendre à traiter les symptômes psychomoteurs les plus gênants pour le patient. L’élaboration du projet thérapeutique repose davantage sur les volontés du patient plutôt que sur un bilan psychomoteur trop coûteux en temps. Le psychomotricien devra identifier et définir ses axes d’intervention selon les contraintes du terrain et les capacités du patient. Le manque de temps ne doit pas déstabiliser l’économie psychomotrice de son patient.

Prioriser les patients : dont l’intervention du psychomotricien aura le plus de bénéfices. Le thérapeute est contraint d’obtenir rapidement l’adhésion du patient aux soins pour initier sa prise en charge. Il doit évaluer la tolérance de ce dernier au changement. Il doit l’accompagner à modifier de manière transitoire son rythme interne pour intégrer un rythme institutionnel plutôt que personnel. Le psychomotricien est vigilant au bon respect du rythme de son patient mais doit impulser un rythme de soin. Il priorisera les patients capables de s’adapter aux contraintes d’une intervention courte. Les prescriptions médicales doivent prendre en compte ce profil patient afin d’orienter nos indications de manière pertinente. Les prescriptions quand elles ne sont pas adaptées risquent de frustrer les différents acteurs du projet thérapeutique (patient, thérapeute, prescripteur ou institution) et de conduire à une fin de prise en charge précipitée.

Les hospitalisations chroniques

Lorsqu’au contraire, les hospitalisations sont dites longues, et que les patients souffrent de troubles et de maladies chroniques, quand et comment acter une fin de prise en charge ? Le bilan psychomoteur et le projet thérapeutique prennent alors tout leur sens. Ils vont permettre de définir le cadre de notre intervention, et donc ses limites. Le bilan initial pourra se décliner en bilan intermédiaire puis final, et le projet thérapeutique initial pourra être réorienté ou clôturé. Il est important de ponctuer notre intervention de ces temps d’évaluation de notre action. Pour ne pas isoler le patient dans une prise en charge sans fin, et pour ne pas s’enfermer dans une intervention sans but.
Il ne faut pas mettre le patient dans une situation de dépendance vis-à-vis de notre intervention. Nous ne faisons que l’accompagner dans son parcours de soin. Notre priorité doit être de le rendre proactif ou autonome dans ses soins. Lorsque notre intervention n’a plus d’autres bénéfices pour le patient que celle de la réassurance, il faut savoir conduire la prise en charge jusqu’à sa fin tout en préparant le patient à la séparation.  Il devra faire l’expérience de l’indépendance sans craindre de s’effondrer. Le thérapeute doit lui donner les moyens de s’affranchir de ses peurs et d’ancrer le sentiment de sécurité affective et de confiance en soi. Les bénéfices ne disparaissent pas avec la fin de la prise en charge. Elle symbolise le point final par lequel le patient peut mesurer le chemin parcouru.

Transfert et contre transfert

Les psychomotriciens sont habilités à tous effectuer les mêmes actes de soin. Lorsqu’un psychomotricien en remplace un autre, il est nécessaire d’assurer la continuité des soins. Cependant, au-delà du soin, la relation thérapeutique engage le psychomotricien et son patient sur le plan humain et affectif. Les phénomènes de transferts et contre-transferts peuvent nécessiter de mettre fin à la relation thérapeutique pour préserver le patient (sentiments d’hostilité, investissement libidinal) ou le thérapeute (débordé sur le plan personnel). Il faut être capable de prendre de la distance avec la relation thérapeutique, de pouvoir évoquer la situation en supervision, et de décider d’amener la fin de prise en charge auprès du patient, de sa famille et de l’équipe soignante. Nous pouvons être confronté à l’interrogation ou au jugement de certains collègues. Nous devons entendre leurs questionnements pour les rassurer sans pour autant nous sentir obligés de nous justifier. Nous devons être capable de communiquer sur les raisons de la fin de prise en charge et réfléchir aux relais possibles avec nos autres collègues dans l’intérêt du patient. Il est important d’avoir des temps de réflexion en équipe (réunions pluridisciplinaires) pour avoir un espace pour penser ensemble les fins de prise en charge. Cela permet de formaliser la fin de nos interventions et de réfléchir aux relais possibles.  Les transmissions du psychomotricien permettront au collègue qui prend le relais d’intégrer le travail précédemment effectué aux nouvelles modalités de la prise en charge. Lorsque la structure n’est plus adaptée au patient, il peut être nécessaire de faire appel aux M2A (Maison des aînés et des aidants) et à leurs gestionnaires de cas (anciennement en MAIA) pour intervenir sur les cas de patients en situations complexes.

L’échec thérapeutique

Une fin de prise en charge ne doit pas être vécue par le patient ou les soignants comme un échec. Elle ne doit pas nous renvoyer au sentiment de compétence mais être mis en perspective en fonction du contexte environnemental. Le soignant à l’obligation de moyen mais non de résultat.

La séparation

Le travail thérapeutique ne s’arrête pas à l’annonce de la fin de prise en charge. Le psychomotricien doit accompagner le patient, la famille et les équipes à accepter et supporter la fin de son intervention. Si les objectifs initialement prévus sont remplis, le thérapeute doit offrir au patient un espace d’expression (verbal et symbolique) pour que celui-ci puisse prendre conscience de son accomplissement et se projeter dans un futur où il se définira sans le thérapeute. Malheureusement, lorsque la fin de prise en charge arrive avant la fin du processus de soin, le patient ou le psychomotricien peuvent souffrir d’un sentiment d’inachevé. Il est important que chacun puisse mesurer le travail effectuer. Un travail d’expression verbal, corporel ou artistique est alors utile. Il permet de faire un bilan de toutes les séances passées.

Idées d’activités en lien avec la problématique de la séparation

Remplir ensemble une feuille de dessin, de la trace écrite (mots) ou symbolique (couleurs et dessins) du contenu des séances permet de laisser au patient le témoignage du travail effectué. Les bénéfices thérapeutiques des séances passées ne disparaissent pas après la fin de la pris en charge, à l’instar du dessin. Travailler à l’aide de cerceaux au sol, plus ou moins éloignés, pour symboliser la prise de distance permet de travailler la séparation. Proposer des scènes de jeu dramatique orientées sur la séparation permet de mobiliser le patient sur ce thème de manière indirecte. Il cherchera spontanément la manière la plus confortable d’accepter la perte. Pour finir, manipuler trois objets à deux mains permet de symboliser les processus en jeu dans l’évolution professionnelle ou thérapeutique (il faut pouvoir déposer un objet pour s’en saisir d’un nouveau). Ce jeu permet d’orienter la perception qu’a le patient de la séparation. Il n’est plus seulement soumis à la perte mais il devient acteur de création.